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Les procès de la transition juste en Amérique latine : le nouveau rapport du Sabin Center

Un récent rapport du Sabin Center for Climate Change Law offre une première systématisation des affaires relatives au « contentieux de la transition juste » en Amérique latine.

Le rapport du Sabin Center for Climate Change Law[1] paru en janvier 2023 présente la première systématisation des affaires relatives au « contentieux de la transition juste » des secteurs énergétiques en Amérique latine. Cette analyse offre une comparaison des développements juridiques mobilisés dans le cadre de vingt affaires à travers quatre pays d’Amérique latine. Elles s’inscrivent toutes dans un sous-ensemble émergeant du contentieux climatique : « le contentieux de la transition juste ».  

Le rapport retrace en premier lieu le contexte de la transition énergétique en Amérique latine, influencé par la mise en adéquation avec les objectifs internationaux[2] et régionaux[3] de lutte contre le changement climatique. Marqué depuis ces dernières décennies par la mise en place de grands projets d’extraction et l’implantation d’infrastructures d’énergies renouvelables, ce contexte est analysé comme une source de conflits et d’impacts sur l’environnement, sur les communautés autochtones et sur les droits humains.

Le Sabin Center s’intéresse à la question de savoir si l’absence de distribution équitable des bénéfices et des charges dans le cadre de la transition énergétique de la région a motivé les recours récents contre les politiques et les projets de transformation énergétique. 

La « transition juste » est définie comme un concept qui englobe trois dimensions, à savoir la garantie d’un environnement propre, d’emplois décents et d’un accès abordable aux biens et services essentiels à la jouissance des droits humains[4]. Le contentieux de la transition juste traduit ainsi l’ensemble des litiges relatifs à la distribution des bénéfices et des charges dans le cadre des politiques et projets de décarbonation[5]. 

Parmi les entités et personnes affectées par ce contexte, le rapport traite particulièrement des groupes vulnérables mais également de la « Nature » qui est progressivement considérée par le droit en Amérique latine comme une entité affectée par l’action climatique. Le rapport souligne, à ce titre, qu’elle pourrait être « reconnue comme une entité juridique distincte »[6] au sein des politiques de transition juste, de même que pour les générations futures dont les droits sont invoqués devant les tribunaux[7].

Les auteurs du rapport proposent plusieurs catégorisations des recours relatifs au contentieux de la transition juste. Parmi elles, la catégorisation fondée sur des éléments factuels tels que la date, le lieu et les acteurs des recours permet de mettre en évidence les aspects transnationaux de ce contentieux ainsi que la circulation des normes. Certains recours introduits en France pour violation des droits des communautés autochtones sont à ce titre inclus dans la base de données du rapport, en raison des effets de projets d’entreprises françaises en Amérique latine[8].

Une autre catégorisation proposée dans le rapport est réalisée en fonction du type d’industrie énergétique qui constitue l’objet du recours. Les affaires relatives au développement des énergies renouvelables[9] traduisent notamment les impacts négatifs des politiques de décarbonation, tels que la pauvreté énergétique subie par les communautés autochtones vivant à proximité de ces infrastructures.
Les auteurs mettent alors en évidence l’influence des normes législatives sur les expertises menées en matière de projets d’énergie renouvelable[10]. Ils soulignent que les impacts de ces infrastructures sur « le droit à une énergie abordable » ne sont pas traités dans le cadre des évaluations environnementales puisqu’ils ne font pas l’objet d’un encadrement législatif. Ces lacunes ont conduit à une proposition de loi en débat devant le Congrès chilien concernant la réglementation des impacts négatifs de projets de parcs éoliens[11].

Le rapport du Sabin Center participe finalement à la compréhension du phénomène récent du contentieux de la transition juste, dont l’ampleur s’est accru ces trois dernières années sous l’impulsion des objectifs de l’Accord de Paris. Introduits par une pluralité d’acteurs, les recours mettent en cause la distribution inéquitable des bénéfices et des charges des politiques de décarbonation. Si l’issue favorable de ces recours peut avoir pour conséquence de freiner temporairement la transition énergétique[12], le rapport souligne que la revendication d’une transition juste ne peut être interprétée comme une opposition per se à la transition énergétique.


[1] TIGRE Maria Antonia, ZENTENO Lorena, HESSELMAN Marlies, URZOLA Natalia, CISTERNA-GAETE Pedro, LUPORINI Riccardo, « Just Transition Litigation in Latin America: An initial categorization of climate litigation cases amid the energy transition », Sabin Center for Climate Change Law, Columbia Law School, Janvier 2023

[2] Nations Unies, Décision 1/CP.21 « Adoption de l’Accord de Paris », 29 janvier 2016, FCCC/CP/2015/10/Add.1,2 (Accord de Paris)

[3] Commission interaméricaine des droits de l’homme, Résolution 3/2021 « Climate Emergency: Scope of Inter American Human Rights Obligations », 31 décembre 2021

[4] TIGRE Maria Antonia, ZENTENO Lorena, HESSELMAN Marlies, URZOLA Natalia, CISTERNA-GAETE Pedro, LUPORINI Riccardo, « Just Transition Litigation in Latin America: An initial categorization of climate litigation cases amid the energy transition », Sabin Center for Climate Change Law, Columbia Law School, Janvier 2023, p.5

[5] Ibid, p.13

[6] Ibid, p.10

[7] Requête n°210/2021, « Julia Habana et al. v. Mexico », District Court in Administrative Matters (Mexico), 24 mars 2021

[8] Tribunal Judiciaire de Paris, 4ème chambre 1ère section, Ordonnance du juge de la mise en état, S.A. Electricité de France, 30 novembre 2021

[9] Par exemple : Supreme Cour du Chili, « Atacama Community of Coya v. Ministry of Energy and Others », 8.507-2022, 1er juin 2022

[10] TIGRE Maria Antonia, ZENTENO Lorena, HESSELMAN Marlies, URZOLA Natalia, CISTERNA-GAETE Pedro, LUPORINI Riccardo, « Just Transition Litigation in Latin America: An initial categorization of climate litigation cases amid the energy transition », Sabin Center for Climate Change Law, Columbia Law School, Janvier 2023, p.26

[11]« Proyecto de Ley Regula la construcción, instalación y operación, su impacto ambiental y la fiscalización de complejos de aerogeneradores de energía eléctrica, Cámara de Diputadas y Diputados de Chile », https://www.camara.cl/legislacion/ProyectosDeLey/tramitacion.aspx?prmID=14924&prmBOLETIN=14443-12, (consulté le 27 janvier 2023)

[12] TIGRE Maria Antonia, ZENTENO Lorena, HESSELMAN Marlies, URZOLA Natalia, CISTERNA-GAETE Pedro, LUPORINI Riccardo, « Just Transition Litigation in Latin America: An initial categorization of climate litigation cases amid the energy transition », Sabin Center for Climate Change Law, Columbia Law School, Janvier 2023, p.11, p.12, p.45


Une BD pour comprendre l’utilisation des droits humains dans les procès climatiques contre les États

Découvrez le travail de Auriane Hélaine, Sciences Po Toulouse, sous la direction de la Professeure Christel Cournil

Télécharger la BD : https://proclimex.hypotheses.org/files/2022/11/Helaine_BD_Droits-humains-au-service-de-la-lutte-climatique.pdf

Télécharger le mémoire de Auriane Hélaine: https://proclimex.hypotheses.org/files/2022/11/Memoire_Vcorrigée.pdf

Offre de stage dans le cadre du projet PROCLIMEX

CONTEXTE DU STAGE

Un nombre croissant d’acteurs et d’organisations s’empare aujourd’hui, selon des modalités variées, et avec un succès variable, du procès comme instrument de contestation, mobilisation et, au-delà, de justice climatique. Dans un contexte de renouveau de la démocratie environnementale et des approches participatives, le procès est un des espaces parmi d’autres réinvestis depuis peu dans lequel des citoyens participent à la fabrique de la « loi climatique » de demain.
Parmi toutes les questions que pose cette nouvelle forme de mobilisation pour le climat, notre équipe se propose de s’intéresser à l’enjeu de l’expertise dans ces procès. C’est en effet, un enjeu fondamental dans les procès climatiques. Fondamental pour les requérants, qui, pour faire valoir efficacement un point de vue déterminé au service de la cause climatique, n’ont d’autre choix que de s’approprier des connaissances et données d’origines variées, à la fois techniques, complexes et pluridisciplinaires (non seulement scientifiques, mais aussi socio-économiques et juridiques) et de construire sur ces bases un dispositif expert bien souvent enrichi par des connaissances profanes (témoignages de victimes par exemple). Fondamental aussi pour l’issue du procès, qui s’avère largement déterminée par ces dispositifs experts au cœur des stratégies judiciaires des requérants.

Les objectifs principaux de PROCLIMEX sont les suivants 
:

• Éclairer les stratégies judiciaires des ONG lorsqu’elles utilisent les armes du droit et du procès pour faire avancer la cause climatique, mais aussi celles en réponse des défendeurs (souvent États et entreprises) ;
• Décoder les usages sociaux des diverses expertises dans le contexte d’initiatives de judiciarisation et de juridicisation de la cause climatique ;
• Mettre en lumière, par une analyse comparative, le processus de passage de la vérité scientifique à la vérité juridique en interrogeant l’adaptation du droit processuel et de l’institution du procès ;
• Fournir des pistes pour renforcer l’interface scientifique-décideur dans le domaine du climat dans un contexte d’urgence climatique.

L’équipe projet est constituée de juristes, de politistes, de sociologues, d’économistes et de géographes.

LA MISSION DU STAGIAIRE

La mission du stagiaire consistera à réaliser un travail d’aide à l’analyse socio-juridique des procès climatiques (en priorité en Europe) en repérant les contentieux potentiellement intéressants à étudier plus en profondeur. A partir notamment d’un travail bibliographique, le.a stagiaire réalisera une veille et un panorama synthétique des procès climatiques dans certains pays (nombre d’affaires, types d’enjeux, de protagonistes, procédures, résultat des contentieux, etc.). L’identification consistera dans ces contentieux à étudier des éléments spécifiques définis par le projet (trajectoires de réduction, références scientifiques ou économiques, arguments juridiques, victimes, rôle des avocats).

Pour cela, le.a stagiaire pourra s’appuyer sur des centres de ressources comme celui du Sabin Center for Climate Change Law (http://climatecasechart.com), mais pourra également travailler à partir de différents documents écrits et audiovisuels accessibles en ligne.

Une analyse des jurisprudences et l’organisation de courtes pré-enquêtes sur la base de documents accessibles en ligne (documents produits par les protagonistes au cours de la procédure, coupures de presse, documents mis en ligne par les requérants, des ONG, des scientifiques, etc.) ainsi que des entretiens potentiels d’acteurs de ces procès seront à réaliser par la.e stagiaire. Il s’agira de mettre en lumière, pour les chercheurs de l’équipe, les éléments clefs intéressants le projet : les formes d’expertise(s), les arguments et stratégies judiciaires des acteurs en présence et les types d’outils juridico-politiques qu’ils mobilisent.
Certaines de ces données et analyses récoltées sur les procès climatiques seront mises en ligne sur le blog du projet PROCLIMEX par le.a stagiaire.

Le profil recherché

• Formation souhaitée : Master 2 avec une ou des composantes en droit, sociologie du droit et/ou sociologie des mobilisations
• Compétences souhaitées : bon niveau en anglais (lu) et des compétences informatiques pour la mise en ligne de données sur le blog scientifique du programme (appréciées)
• Aptitudes recherchées : organisation, curiosité, initiative, capacités rédactionnelles

Encadrement

• Vous serez accueilli.e au sein du LASSP à Toulouse, qui regroupe des enseignant.e.s chercheurs et des doctorants et post-doctorants de toutes disciplines. 
• Vous serez encadré.e par Christel Cournil (professeure de droit public à Sciences Po Toulouse). Le stage constituant une période d’apprentissage, vous bénéficierez évidemment d’un encadrement très régulier et vous serez systématiquement guidé.e dans l’exercice de vos missions.
• Vous interagirez également avec les autres membres de l’équipe PROCLIMEX.

Candidater : Envoyer un CV et une lettre de motivation à christel.cournil@sciencespo-toulouse.fr avant le 30 novembre 2022

Modalité du stage 

Durée du Stage  : 3 mois (13 semaines/64 jours (jours ouvrés))
Quotité : temps plein 35 heures hebdomadaires (Lundi au vendredi – 7 h / 5 jrs) 
Dates de début de stage : Lundi 16 janvier 2023 
Date de fin de stage  : Vendredi 14 avril 2023

Montant total de la Gratification  : 1 747.20 € pour 448 heures effectives (taux horaire légal 2022 : 3.90 €)

Lieu du Stage : Laboratoire LaSSP, Manufacture des Tabacs, 21 Allée de Brienne, 31685 Toulouse Cedex 6

Nouvelle parution: Christophe Traïni, « ‘L’Affaire du Siècle’. Des mobilisations pour le climat à l’épreuve de la temporalité judiciaire », Droit et société, 2022/2 (N° 111), p. 319-333.  

DOI : 10.3917/drs1.111.0319

URL : https://www.cairn.info/revue-droit-et-societe-2022-2-page-319.htm

Décision condamnant l’Australie du Comité des droits de l’homme de l’ONU

Dans l’affaire du détroit de Torres, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies estime que l’Australie a violé le droit des populations insulaires à jouir de leur culture et de leur vie familiale.

Décision et communiqué de presse: https://www.ohchr.org/en/press-releases/2022/09/australia-violated-torres-strait-islanders-rights-enjoy-culture-and-family

West Virginia v. EPA : la lutte contre le changement climatique à l’épreuve du conservatisme de la Cour Suprême américaine

30 juin 2022 : arrêt retentissant de la Cour Suprême américaine en matière de lutte contre le changement climatique. Après le droit à l’avortement et le port d’armes, dans son arrêt West Virginia v. EPA la conservatrice Cour Suprême américaine vient limiter les pouvoirs de l’Agence de Protection de l’Environnement, notamment en ce qui concerne la réglementation de l’émission de gaz à effets de serre. Une décision expliquée, analysée et appréciée de manière critique par Mathilde Hautereau-Boutonnet, professeure de droit à l’Université d’Aix-Marseille.

Consulter l’article sur le blog du Club des juristes: ici.

Fonds climat brésilien : La politique du gouvernement censurée

Quatre partis politiques de gauche et extrême gauche Brésiliens ont intenté un procès contre le gouvernement fédéral pour violation du précepte fondamental n°708. C’est le premier litige directement climatique porté devant la Cour suprême brésilienne.

Les plaignants allèguent que depuis 2019 le gouvernement fédéral a omis de faire fonctionner le Fonds national pour le climat et n’a pas appliqué ses ressources substantielles pour l’adoption de mesures d’atténuation du changement climatique. Il est prétendu que ce comportement viole le droit constitutionnel à un environnement sain prévu à l’article 225 de la Constitution fédérale, et qu’il donne lieu à la violation, par le Brésil, des engagements internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de lutte contre le changement climatique.

Dans un jugement rendu le 2 juillet 2022, la cour suprême a fait droit à la demande des plaignants a 10 voix contre 1 et déclaré inconstitutionnelle l’omission d’utilisation du Fonds pour le climat.

Note de synthèse Par Carolina HERNANDES-GRASSI :